Omar (Ba) m’a tué

Omar Ba

En flânant les étales d’un libraire début Juillet, je suis tombé sur la couv’ du dernier livre d’Omar Ba, un titre joueur « Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus », une photo n&b plongeante sur la tête d’un black façon « regard plongeant dans un océan de désuétude ». Lecture de la quatrième de couv’ et le bouquin était mien. Sa lecture a été un délice, l’histoire d’un Sénégalais qui parle cru, à l’Européenne, sur son passé à la fois d’immigré, émigré, pestiféré et même nanti. Tous les ingrédients culturels et économiques d’une migration du Sud vers le Nord, un témoignage direct, avec des illustrations locales précises – développement économique au Sénégal – qui collent assez bien avec ce que j’ai pu vivre au Mali ces 3 dernières années.

Difficile d’avoir du recul – point de vue occidental – sur la question des compétences locales et l’immigration choisie (vaut il mieux fuir ramasser la merde des autres ou s’investir dans le développement local?) ou encore qui prend en otage qui ? pour ne citer que la famille qui condamne un frère en l’envoyant à l’étranger pour alimenter les besoins locaux – que l’on appelle aussi argent braguette – versus l’immigré salutaire au statut de dieu lorsqu’il rentre au pays… qui vend du rêve et la mort et dont finalement la famille n’a qu’une envie c’est de le voir repartir car il faut bien manger (… mon expérience remplacerait bien « manger » par « acheter »).

Voilà ce qu’Omar Ba dans son livre, explique, justifie… et finalement dénonce sans sourciller. Un discours de blanc dit par un noir, Sarkozy n’en aurait pas mieux rêvé.

Cette lecture de l’histoire et de l’actualité, argumenté sur un ton universitaire posé mais néanmoins engagé, m’a donné envie de le contacter pour aller plus loin dans la discussion, voir comment par ses expériences, mes projets au Mali pourrait être « amélioré, revu & corrigé ». J’ai attendu de finir le livre pour chercher son email sur le net. Et là… badaboum… l’hécatombe. Le lascar faisait la UNE socio’ du Monde depuis quinzaine jours au sujet de son précédent livre: Omar Ba l’imposteur. En gros, ses épisodes d’immigré sont approximatifs, il n’est pas universitaire – en tout cas le style est aussi lourd – et fin du fin ses acolytes Sénégalais lui vomissent dessus, d’un autre coté il y a de quoi… il n’y a que la vérité qui fâche. Mais quelle vérité ? quelle réalité? un des chapitres du livre focalise l’attention sur le programme scolaire Sénégalais et son penchant pour enseigner l’Europe, la France plutôt que la culture du Baobab (je compare avec le Mali) créant l’illusion que l’Europe est une terre promise… certainement la réalité.

J’ai retrouvé dans son deuxième livre, une bonne partie de ce que j’ai pu voir au Mali – dans la région de Kayes – et à Bamako, et dans une actualité spécialisée. Seulement sa médiatisation s’est faite sur un mensonge (ça ne serait pas le premier…). Alors quel mensonge se cache derrière « Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus » ? son plaidoyé pour un développement économique locale en Afrique, mère des ressources de l’occident, sonne juste, qui le dicte ? quelle crédibilité ? Omar (Ba) m’a tué… et ses idées aussi.

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